Jérôme Mutin, sapeur-pompier et diacre

Le numéro 67 – mai-juin de la revue « DIACONAT ALSACE infos » propose un dossier : « Etre diacre dans son milieu professionnel« . Le premier témoignage est ce lui de Jérôme Mutin « Sapeur-pompier et diacre ». L’interaction dynamique entre « l’officier supérieur professionnel » et « le diacre » y est particulièrement bien mise en valeur.

jerome-mutin-sapeur-pompier-sdis-67-medaille« Le milieu des sapeurs-pompiers est par essence profondément altruiste, mais également très dur : dans l’urgence de l’intervention, en professionnel du secours, le pathos, l’émotion n’a pas sa place. On ne parle pas de Madame Duchemin ou de Monsieur Martin, mais de victimes en « extrême urgence », « urgence absolue » ou « urgence relative » que l’on prend en charge, après les avoir désincarcérées d’un véhicule accidenté, sauvées d’un immeuble en feu ou réanimées suite à un arrêt cardiaque.

La fonction publique territoriale française, dont relèvent les sapeurs-pompiers sur notre territoire, se doit d’être neutre, c’est-à-dire interdisant les discriminations de quelque nature que ce soit, en garantissant un égal accès aux secours, mais aussi en interdisant vis-à-vis de la population l’expression d’opinions politiques ou religieuses. Mais dans des corps constitués (militaires, sapeurs-pompiers) où l’on côtoie régulièrement la mort et où l’on peut risquer sa propre vie, consciemment, pour accomplir une mission par sens du devoir, les questions existentielles sur le bien, le mal, le sens de la vie ou encore la souffrance, se font plus denses et plus prégnantes qu’ailleurs.

Aussi, en complément de psychologues présents pour aider les personnels le souhaitant, pour certains, la foi permet d’apporter une autre dimension et de mettre de la verticalité dans des moments difficiles ou d’épreuves. C’est l’essence des aumôniers : l’accompagnement des hommes et des femmes dans leur chemin de vie professionnelle, parfois dure. Aussi, la laïcité n’impose pas l’effacement des religions de la sphère publique, mais leur égalité de traitement dans le respect de chacun : la laïcité c’est la liberté de croire ou de ne pas croire et de l’exprimer dans le respect de l’ordre public en restant neutre, sans affecter la mission du service public auprès des victimes et des sinistrés. N’ayant pas le statut d’aumônier au sein des pompiers, mais bien d’officier supérieur professionnel, il n’en demeure pas moins, qu’avant de vouloir faire, il convient simplement d’être, et de rester dans cette vérité de la relation avec l’autre par une proximité de terrain et une ouverture dans la relation. Ainsi, laissant toujours à mon interlocuteur l’initiative de la démarche, lors de discussions en tête à tête, la question de Dieu et de la foi permet des échanges profonds où l’Espérance chrétienne affleure et bien souvent se manifeste.

Concrètement, il y a quelques années s’est posée la question de définition de valeurs devant caractériser le service dans son fondement. C’est à moi volontairement que le Contrôleur-Général a confié la constitution et l’animation d’un groupe de travail sur le sujet. Au final, une charte des valeurs partagées a été établie et diffusée à nos 6.000 agents, avec affichage dans les 300 casernes.
Cette charte est basée sur des valeurs certes laïques, fonction publique oblige, mais finalement d’inspiration très chrétienne dans leurs fondements.

Au quotidien, être diacre chez les sapeurs-pompiers se vit pour moi sous quatre axes :

1) Classiquement, pour un diacre, par une écoute qui se veut privilégiée, avec une ouverture et une disponibilité de tous les instants pour les collègues sapeurs-pompiers, et cela malgré un emploi du temps très chargé, quitte à rentrer plus tard à la maison, mais surtout en ne refusant jamais un temps d’écoute souvent informelle, comme par exemple de retour à la caserne dans le dépôt, derrière le véhicule Fourgon Pompe Tonne après une intervention.

2) Mais aussi à travers une prière de remise à Dieu, chaque soir lors des Vêpres ou des Complies. Une remise à Dieu de la folie de la société actuelle, de la souffrance de l’Homme face à la mort, la maladie, mais aussi du profond sentiment d’injustice, légitime, qu’éprouvent toujours les victimes ou les familles lorsqu’un proche est touché par un drame ou un sinistre. Une prière de remise à Dieu, aussi à travers les dernières paroles d’une victime en extrême urgence, ou encore du désespoir des proches effondrés, exprimant leur souffrance et leur incompréhension devant parfois l’impuissance des secours.

3) Directement, en lien avec le service par l’animation de temps forts lors de la fête patronale de la Ste Barbe entre fin novembre et début décembre, sainte patronne des professions à risque. En complément des cérémonies civiles de commémoration avec l’appel des morts au feu (énumération des noms des sapeurs pompiers décédés en intervention depuis la dernière fête de la Sainte Barbe), il est proposé localement sans obligation de participation, un office religieux spécifique pour la mémoire de nos défunts, durant lequel avec l’accord du curé, selon les configurations, j’anime un temps de prière œcuménique avec un pasteur, je prends part à une messe par la proclamation de l’Evangile et l’homélie, ou anime seul un temps de la parole.

4) Indirectement, en lien avec le service où la proximité de vie très forte avec les sapeurs-pompiers volontaires et professionnels fait que je suis fortement sollicité pour des mariages dont l’un ou les deux fiancés sont pompiers, des baptêmes d’enfants et de petits enfants de pompiers. Mais aussi parfois, la démarche de foi d’un collègue très proche qui souhaitait un temps de prière quelques semaines après son mariage civil avec une personne divorcée. De même, la célébration au printemps dernier sur demande de la famille des funérailles en présence de plus de 500 collègues en uniforme, d’un sapeur pompier d’une vingtaine d’années que je connaissais, décédé dans un accident de moto sur lequel je suis intervenu comme sapeur-pompier.

Enfin, être diacre dans son milieu professionnel, configuré au Christ serviteur, au service du service passe aussi par la Parole de Dieu (St Mathieu 25,34) : « j’avais faim, j’avais soif, j’étais nu, étranger, malade, en prison… et ce que vous avez fait à un de ces petits, c’est à moi que vous l’avez fait ». Et de rajouter : « vous étiez dans la détresse, vous avez fait le 18, et c’est le véhicule rouge des sapeurs-pompiers, vos frères en humanité et en humilité, qui est venu à votre secours». »

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