Le diaconat aux origines

La diaconie, déjà présente dans l’ancien testament se retrouve au cœur du message du nouveau testament et aux origines de l’Eglise.

ils-choisirent-7-hommesLa diaconie : un mot inhabituel à nos oreilles. Qu’est-ce que ça veut dire exactement ? On se dit que ça a certainement quelque chose à voir avec « diacre ».
Benoît XVI, dans sa première encyclique « Deus Caritas est », au chapitre 21, nous   donne une définition de la diaconie : «le service du prochain exercé de manière communautaire et ordonné ».

Nous trouvons déjà ce service régulièrement évoqué dans l’ancien testament   la défense et l’aide à la veuve, à l’orphelin et même à l’étranger. Par exemple en Isaïe 1,17 « Apprenez à faire le bien : recherchez le droit, mettez au pas l’oppresseur, rendez justice à l’orphelin, défendez la cause de la veuve ».

A la suite du Christ

Une première donnée pertinente et fondamentale, dans le Nouveau Testament, le verbe « Diakoneim » désigne la mission même du Christ comme serviteur.
Mc 10,45  « Car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude » ;
Mt 12,18 « Voici mon serviteur que j’ai choisi, mon bien-aimé en qui je trouve mon bonheur. Je ferai reposer sur lui mon Esprit, aux nations il fera connaître le jugement ..
Le Christ est serviteur par ses actes et par sa Parole

Par ses actes :

  • dans l’Evangile de Jean au chapitre 13 – Jn 13,01-17 –
  • dans la lettre de St Paul aux philippiens au chapitre 2 – Ph 2, 06-11…

Par son enseignement :

  • dans l’Évangile de Matthieu au chapitre 20 – Mt 20,20-28 – et 25, 31-46
  • dans l’Évangile de Luc au chapitre 22 – Lc 22,25-27 …

On peut donc dire que la diaconie est constitutive du christianisme et donc de l’Église. De fait, depuis les premiers siècles, il y a toujours eu dans l’Église des formes de solidarité. Sans diaconie, l’Église ne peut être l’Église.

Dans l’Eglise primitive

Dans le livre des Actes des Apôtres, on en voit une forme assez radicale : la mise en commun des biens. Le texte  précise : « parmi eux, nul n’était dans le besoin, car tous ceux qui possédaient des terres ou des maisons les vendaient, apportaient le prix de la vente et le déposaient aux pieds des apôtres » (Ac. 4, 34).

  • Par la suite, l’Eglise grandissant, cela s’organise :

Les Apôtres pour rester fidèles au service de la prière et de la Parole choisissent sept hommes estimés de tous, remplis d’Esprit Saint et de sagesse pour lesquels ils prient et sur lesquels ils imposent les mains pour qu’ils assurent d’une manière équitable le service des tables (Ac 6, 1-6).

Extrait de la prière consécratoire des diacres prononcée par l’évêque :
Aux premiers temps de l’Eglise, les Apôtres de ton Fils, soucieux d’assurer en toute liberté la prière et l’annonce de la Parole, ont choisi dans l’Esprit Saint sept hommes estimés de tous qui les aideraient dans le service quotidien : en leur imposant les mains et en priant sur eux, ils les chargèrent d’une part de ce service.
Regarde maintenant, Dieu très bon, N. sur qui nous imposons les mains aujourd’hui :
nous te supplions de le consacrer toi-même, pour qu’il serve dans l’ordre des diacres.
Envoie sur lui, Seigneur, l’Esprit Saint. Qu’il soit ainsi fortifié des sept dons de ta grâce, pour remplir fidèlement son ministère.
Pontifical Romain : Ordination des évêques, des prêtres et des diacres – Imposition des mains et prière consécratoire.

  • Dans la suite des Actes des Apôtres, nous voyons qu’Etienne et Philippe, membres des sept, exercent un ministère qui dépasse largement le service des tables.

« Étienne, rempli de grâce et de la puissance de Dieu, accomplissait parmi le peuple des prodiges et des signes éclatants… » (Ac 6, 8). Etienne sera le premier chrétien à donner sa vie pour le Christ (Ac 6,9-15 ; 7,1-60). C’est suite à son martyr que l’Église naissante se disperse hors de Jérusalem et commence à essaimer et nous retrouvons Philippe en Samarie qui enseigne la Parole et baptise (Ac 8,4-40).

Dans la première épitre à Timothée, Saint Paul évoque les diacres, « dignes de respect,… gardant le mystère de la foi dans une conscience pure …» (1Tm 3,1-13) ils sont aux côtés des responsables de communauté (épiscopes)

Dans l’Eglise des pères apostoliques

Saint Clément de Rome dans sa première épitre aux corinthiens (1er siècle) mentionne que les épiscopes et les diacres ont une fonction spirituelle dans la communauté « les apôtres ont reçu pour nous la Bonne Nouvelle … qu’ils sont partis annoncer… ils prêchaient dans les campagnes et dans les villes et ils en établissaient les prémices, ils les éprouvaient par l’Esprit, afin d’en faire les épiscopes et les diacres des futurs croyants… ».

Saint Polycarpe (69 -155) nous donne une approche du ministère des diacres au service du Christ sauveur « qu’ils marchent dans la vérité du Seigneur qui s’est fait le serviteur de tous »

Le texte de la Didachè (fin 1er siècle/ début du 2ème, premier écrit non canonique) mentionne les évêques et les diacres « choisissez-vous   des évêques et des diacres dignes du Seigneur, hommes doux et désintéressés, véridiques et surs, car ils remplissent eux aussi, auprès de vous, l’office des prophètes et des docteurs ». Les deux qualificatifs ne portent pas la même signification qu’aujourd’hui. Un episkopos est un surveillant, un curateur, un intendant, un modérateur, un gardien.. et diakonos est un serviteur susceptible d’accomplir diverses fonctions suivant les circonstances dans lesquelles il se trouve. Les qualificatifs sont génériques. Le mode de désignation reste flou, ils sont choisis et nommés, peut-être par élection.

Il est néanmoins sûr qu’à cette époque les diacres étaient responsables de la vie de l’Église concernant les œuvres de charité en faveur des veuves et des orphelins. Leurs activités se prolongeaient aussi sans doute dans la catéchèse et la liturgie.

Les lettres de Saint Ignace d’Antioche (35 – 110 en Syrie) nous montre une hiérarchie ecclésiastique à 3 degrés « que tous révèrent les diacres comme Jésus-Christ, comme aussi l’évêque, qui est l’image du Père et les presbytes comme le sénat de Dieu et comme l’assemblée des apôtres : sans eux on ne peut pas parler d’Église ». Les textes ignaciens parlent au singulier de l’évêque et au pluriel des presbytes et des diacres mais il ne dit rien du caractère du diaconat sinon qu’ils exhortent à vénérer les diacres comme mandatés de Dieu.

Quelques informations complémentaires sont données par Saint Justin (mort en 165) sur la place du diacre dans la liturgie. Il décrit le rôle des diacres dans l’eucharistie pendant l’oblatio et la communio. « …quand le président de l’assemblée a achevé la prière de l’action de grâce (eucharistie) et que tout le peuple a donné sa réponse, ceux qui chez nous nous appelons les diacres donnent à chacun des assistants d’avoir part au pain et au vin mélangé d’eau sur lesquels a été dite la prière de l’action de grâce (eucharistie), et ils en portent aux absents »

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Le diaconat dans l’Antiquité  Adalbert G. HAMMAN – 1990  Père Franciscain

Le diaconat aux origines   d’après : Le Diaconat tout simplement – Philippe Warnier – Editions de l’Atelier